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SECTION DE

CHARENTE-MARITIME

Conference de jacques peret

Cordouan, le plus beau phare du monde


Par Jacques Péret, professeur émérite de l’université de Poitiers,

membre de la section AMOPA de Charente-Maritime

auteur de plusieurs ouvrages publiés par Geste Editions.


Cordouan n’est pas un phare comme les autres. La « tour à feu » achevée en 1611 puis rehaussée en 1790 est assurément la plus ancienne dans le monde qui assure toujours, en pleine mer, sa fonction de signalisation maritime. Mais Cordouan se distingue surtout par son architecture ; la tour est conçue comme un monument de prestige, comme un véritable château tant par son décor que par sa structure.


C’est pourquoi, dès le XVII° siècle, Cordouan étonne tous ses visiteurs :

« Tour très fameuse et réputée pour la huitième merveille
du monde, voire même la septième au lieu du phare
d’Alexandrie » Godefroy, 1638

« Phare le plus beau et le plus magnifique du monde,
admiré de toutes les nations »  1645

« Depuis les superbes phares bâtis par les Anciens, il n’en
a point paru de plus auguste ni de plus important
que la fameuse tour de Cordouan »
L’architecte Belidor 1753

« De tous les monuments destinés à l’éclairage maritime
Cordouan est le plus remarquable par l’ampleur de
ses dispositions et la richesse de son ornementation »,
1862, Reynaud, ingénieur et architecte


Mais en même temps Cordouan reste un mystère : pourquoi construire un tel monument sur un site quasi inaccessible alors qu’une tour ordinaire aurait rendu les mêmes services ?

Première explication, Cordouan est une tour à feu stratégique balisant l’embouchure de la Gironde, le plus grand estuaire d’Europe qui conduit à Bordeaux, le premier port français au XVIII° siècle.  L’embouchure est particulièrement dangereuse par ses bancs de sable et de rochers. Cordouan y sert d’amer sur lequel les navires se positionnent.


« C’est  cette tour qui soutient la navigation, sans quoi la plupart des vaisseaux feraient naufrage. C’est elle qui sert le jour de balise par son élévation pour la route des vaisseaux et la nuit de fanal par le feu qui guide les navires et les empêche de donner sur les bancs de rochers qui sont en grande quantité… Il n’y a point d’année qu’il ne s’y fasse des naufrages» Mémoire de l’ingénieur Bitry en 1722.






















La tour est construite en mer sur le seul îlot rocheux de l’estuaire submergé à marée haute et qui s’est érodé au fil du temps. Le site est particulièrement inhospitalier à l’mage de la description qu’en fait en 1585  Louis de Foix, l’architecte et le constructeur de Cordouan :


« Le lieu de Cordouan est si affreux qu’à peine y peut-on aller ny habiter, estant à   trois grands lieues de terre au milieu de la mer, en un peu de sec qu’elle laisse deux fois en vingt-quatre heures. Un lieu exposé à toutes les tourmentes de vents et injures d’icelle où il n’y a rien pour le  service et l’utilité de l’homme ».    


Sur cet îlot rocheux vont se succéder trois tours :


La tour à feu médiévale dite du Prince Noir, construite au milieu du XIV° siècle par le Prince Noir, gouverneur de la Guyenne anglaise, est l’héritière de plusieurs tours édifiées depuis le XI° siècle. Il s’agit d’une tour rustique, de 16 m de hauteur, dotée d’une
plate-forme sur laquelle est allumé un feu
chaque nuit. La tour se dégrade au XVI° siècle,

décidant Henri III à lancer une nouvelle

construction en 1582.



La tour de Louis de Foix (1582 – 1611) :

Voulu par Henri III puis Henri IV, le projet est pharaonique, énorme plate-forme sur laquelle on édifie une tour conçue comme un monument et un véritable château. Les travaux gigantesques (1584 – 1611) sont réalisés dans des conditions extrêmes. La tour, monumentale comporte 3 étages surmontés par une lanterne et un obélisque. L’intérieur est conçu comme un château avec l’appartement du roi et surtout une somptueuse chapelle, le tout avec une décoration sculptée surabondante. La gravure de Chastillon met en évidence un monument surréaliste où se retrouvent toutes les influences de l’architecture de la Renaissance.   


La tour des Lumières de Teulère (1788 – 1790)

La tour, soumise à un environnement naturel très difficile connait plusieurs phases de restauration notamment de reconstruction de la lanterne. A partir du milieu du XVIII° siècle, les marins se plaignent de l’insuffisante portée du phare, d’où le projet de surhausser la tour pour la rendre visible au-delà des bancs de sable. Après de longues recherches, l’ingénieur Joseph Teulère  conserve la partie basse de la tour (dont la chapelle) par respect pour un monument qualifié de « national » et y greffe une nouvelle tour conique plus sobre, prouesse architecturale.  On y installe une nouvelle lanterne  dotée d’un feu à réverbères paraboliques, premier feu tournant sur un phare français avant de recevoir en 1823 la première lentille de Fresnel. Cordouan phare célèbre et phare où l’on expérimente les dernières inventions.

 A partir de là, la silhouette du phare reste la même jusqu’à aujourd’hui.


Une œuvre fruit de l’idée et de la volonté de deux hommes, Louis de Foix et Henri IV, à la gloire de la Monarchie et de la religion

Le génie d’un architecte Louis de Foix (1535 – 1604)
Homme de la Renaissance, ingénieur polyvalent, architecte qui suit
les grands chantiers européens (L’Escorial à Madrid, Rome).

Le projet de Cordouan, opportunité de construire un monument
unique, couronnement de sa carrière. Une œuvre personnelle où
Louis de Foix intègre les formes architecturales de l’Antiquité et de la
Renaissance avec une inspiration italienne et espagnole.

Dans des conditions difficiles (les guerres de religion), Louis de Foix sait
« vendre » son projet à Henri IV.  


Le dessein politique d’Henri IV

Henri IV  modifie le projet d’Henri III ( limité à une tour ronde, utilitaire),
dans le contexte des guerres de religion, de la difficile reconquête
de son Royaume et de sa conversion contestée au catholicisme.  
Le nouveau projet de Louis de Foix est conçu comme la glorification des deux rois Henri III, le roi martyr et Henri IV, le réunificateur du Royaume. Cordouan est une borne frontière de prestige illustrant aux yeux des navigateurs français et étrangers la puissance de la Monarchie. Se retrouve dans les symboles guerriers sur le fronton, les bustes royaux, les monogrammes, les dédicaces, la lumière du foyer…).


La gloire de la Monarchie catholique s’exprime dans une chapelle surdimensionnée et somptueuse (coupole à caissons). Un objectif précis : affirmer la foi catholique du nouveau roi, nouvellement converti et plus largement  la gloire de la Monarchie catholique

Au total, Le phare symbole de la Monarchie qui éclaire, conduit, rassure, rétablit l’ordre et l’unité

 

Conclusion : Cordouan un monument exceptionnel




Amopa 17   Siège social :  LycéeJean Dautet -  18 rue Delayant

17022  LA ROCHELLE Cedex

AG AMOPA 17